La romancière est entrée dans la mer
omaggio di Véronique Vergé
a Fabrizia Ramondino
una settimana dopo la partenza
Le début de l'éternité. Tu nages dans le bleu mystique du soir, le temps sorcier de la solitude. Les bateaux sont retournés au port sans retard. Toi, laissant le rivage des sables tu as rejoint la cité des sirènes. Ton âme a plongé entre les racines de la mer, mère des jardins noyés où dort la lumière du ciel. Tu hantes le palais aquatique qu'un pirate a déserté depuis longtemps, entre les pages des tes îles amoureuses. Frappée du soleil lunaire des profondeurs, tu as découvert une enfant qui dormait sur un lit d'ancolies, alors tu as revu ton visage de petite fille napolitaine: une âme noble dévorée par des yeux noirs. Et tu es restée perdue dans la contemplation.
Tu as choisi la danse de l'enfance libre, le vertige du bleu et de la nage, la mémoire cosmopolite, la générosité inventée à la pointe des tes rêves: le plus beau d'entre eux n'affrontera jamais la lumière.
Tes premiers gestes de nageuse sont lents, encore prisonniers de la terre; l'eau en douceur les dévêt, les traverse de rayons. L'écriture du corps et de l'âme se diffuse avec grâce; descendre en un lieu où le vent n'entre jamais, où la blessure ne fait plus mal, devenir légèreté, fendre le sommeil blanc, nager entre rêve et naissance, découvrir sa vérité. Rien de plus innocent que la mer et l'écriture, rien de plus cruel.
La romancière est entrée dans la mer, s'est éteinte sur le rivage, dédiant sa beauté à la mer et à l'éternité.